La dermatillomanie considérée comme un CRCC (Comportement Répétitif Centré sur le Corps) est un trouble peu connu par les professionnels et souvent confondu avec de l’automutilation ou de la dysmorfophobie. Depuis 2014, la dermatillomanie est reconnue comme un TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif), selon la 5ème version du manuel diagnostique international des troubles mentaux (DSM V)

Les termes synonymes sont acnée excoriée, excoriation neurotique, ou grattage impulsif,etc..  La dermatilomanie se caractérise par :

  • Impossibilité à résister à l’impulsion de vérifier, se triturer ou de se gratter les imperfections réelles ou perçues de la peau
  • Tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage de la peau
  • Triturage répété induisant des lésions cutanés (plaies, croutes, cicatrices)
  • Envahissement important entrainant des conséquences dans différents domaines de la vie (professionnel, personnel et social)
La dermatillomanie

Les critères diagnostiques de la dermatillomanie selon le DSM V

A. Triturage répété de la peau aboutissant à des lésions cutanées.
B. Tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage de la peau.
C. Le triturage de la peau entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
D. Le triturage de la peau n’est pas imputable aux effets physiologiques d’une substance (p. ex. cocaïne) ou d’une autre affection médicale (p. ex. gale).
E. Le triturage de la peau n’est pas mieux expliqué par des symptômes d’un autre trouble mental (p. ex. idées délirantes ou hallucinations tactiles dans un trouble psychotique, tentatives d’atténuer un défaut ou une imperfection perçus dans l’obsession d’une dysmorphie corporelle, stéréotypies dans les mouvements stéréotypés, ou intention de se faire du mal dans les lésions auto-infligées non suicidaires).

Qu’est ce que la dermatillomanie ?

Ce trouble se caractérise par le triturage et/ou grattage impulsif, excessif et répété de la peau induisant des plaies, des lésions de la peau.  Pendant des périodes de tension, d’anxiété ou de stress, les personnes présentent le besoin irrépressible de triturer, presser ou gratter la peau. Le dermatillomane reste devant le miroir, à gratter et/ou à triturer sa peau, ces impulsions s’apparentent à des crises pouvant durer de plusieurs minutes à plusieurs heures par jours quelque soit le moment de la journée (du levée au coucher, mais également la nuit). Les dermatillomanes se concentrent sur différentes parties du corps. Les zones triturées et grattées peuvent changer, on constate que cela touche :

  • Le visage
  • les bras
  • les jambes
  • la nuque
  • le cou
  • les parties intimes
  • les fesses
  • le ventre
  • le dos
  • les aisselles
  • le décolleté
  • la poitrine
  • les épaules
  • le cuir chevelu

Les pieds et les mains sont peu grattés et triturés. Les personnes affectées le font pour éliminer les irrégularités ou imperfections qu’elles peuvent repérer au cours de la journée.
La personne affectée ne se rends pas compte du comportement et du temps passer à se triturer et/ou gratter (état de semi-conscience ou comme « hypnotisé ») s’en suivra un grand sentiment de honte et de culpabilité, une fois qu’elle prend conscience des dégâts infligés sur la peau.

Ces comportements peuvent être présents pendant les périodes d’activités sédentaires, notamment en conduisant, en regardent la télévision, en lisant, en cuisinant, au téléphone, devant l’ordinateur, derrière son bureau, en marchant, en discutant.. Ces comportements peuvent avoir lieu à n’importe qu’elle moment de la journée, seul, devant un miroir, à l’aide d’un miroir de poche. Ces comportements impulsifs sont très présent en fin de journée, afin de soulager les tensions internes accumulées dans la journée (mécanisme inconscient), et permettant ainsi à la peau de cicatriser dans la nuit. Ces comportements apaisent les tensions accumulées dans la journée semblant insurmontable.

Certaines personnes évoquent « l’appel de la peau » une sensation qui attire la main vers la zone qui sera grattée ou triturée,  ces sensations peuvent être comparées à des démangeaisons, des picotements ou des douleurs, alors que d’autres ne ressentent rien avant de commencer à se triturer ou se gratter. Les doigts trouvent tout simplement un chemin vers le site et le comportement est déclenché. La personne affectée recherche une irrégularité ou une imperfection de la peau (rugueuse, irrégulière, bosselée) et essaye de faire disparaitre l’imperfection qui la dérange, en ayant l’impression de purifier son corps et de se débarrasser des imperfections pour laisser place à « une peau lisse ». La recherche d’irrégularité font partie des rituels de la dermatillomanie,  en touchant la peau, en la scrutant à l’aide des miroirs ou des doigts, sur laquelle ils pourront se concentrer. Elles développent des croûtes ou des blessures qui ne guérissent pas en raison du grattage répété. Il arrive parfois que la peau s’infecte ou forme des cicatrices, rendant le grattage apparent, ce qui peut attiser les sentiments de honte chez la personne ainsi affectée.

Les  impulsions de grattages (gratter les irrégularités de la peau) ou de triturage (percer la peau pour faire sortir les imperfections) sont reconnues comme des gestes irrationnels, répétés de façon ritualisée, non contrôlés et envahissants entrainant des conséquences importantes au niveau social, professionnel et personnel. Ces impulsions s’apparentent à des crises pouvant durer de plusieurs minutes à plusieurs heures, parfois  sans s’en rendre compte (état de semi-conscience).  Le dermatillomane reste devant le miroir, à gratter et/ou à triturer sa peau et  s’en suivra un grand sentiment de honte et de culpabilité. Le dermatillomane a l’impression à ce moment là de purifier son visage, ou son corps, mais en réalité il attaque l’épiderme et crée des plaies qui risquent de s’infecter, et créeront de nouvelles impuretés, que la personne voudra à nouveau combattre.

Nous constatons la présence de différentes émotions avant, pendant et après le triturage et le grattage de la peau.

  • Avant le triturage/grattage : Un état de stress, anxiété, colère, ennui, culpabilité, agressivité, émotions refoulées.
  • Pendant le triturage/grattage: Sentiment de satisfaction, excitation, soulagement, plaisir d’avoir nettoyée ou « purifier » la peau et enlever les imperfections perçues
  • Après le triturage/grattion : sentiment de culpabilité, déception d’avoir répondu à l’impulsion.

Il existe 3 types de comportements dans la Dermatillomanie

  • Vérification : Ce comportement consiste à vérifier la peau du corps de très prêt, à l’aide de tous types de miroir (miroir de poche, miroir orienté vers la lumière, miroir grossissant), ou à l’aide des mains, permettant ainsi de détecter toutes les irrégularités (boutons, croutes, kyste sous peau, points noirs..) présentent sur la peau.
  • Triturage : Ce comportement se manifeste pendant ou après la vérification, il permet d’extraire toutes irrégularités. Cette étape entraine un état de semi-conscience voire de transe ou la personne ne se rend pas compte de son comportement et du temps passé à se triturer.
  • Grattage : ce comportement consiste à se passer la main sur son corps (visage, poitrine,..), en repérant toutes imperfections de la peau (bosses, boutons,..). Durant cette étape, la personne essaye d’enlever tous défauts avec les doigts ou à l’aide d’outils (coupe-ongles, pinces à épiler, stylos, mouchoirs, ciseaux, tire-comédons,..). La personne se rend compte qu’elle se gratte, mais elle ne peut cesser d’arrêter et continue à passer la main sur sa peau jusqu’à trouver une nouvelles imperfections à gratter.

Après ces 3 comportements s’ajoute les soins. Le dermatillomane peut passer beaucoup temps à soigner sa peau après y avoir touché. Les dermatillomanes sont des professionnels du soins, elles se renseignent sur les produits pouvant soigner la peau.

Qu’est ce qu’un CRCC (Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps) ?

La dermatillomanie est un CRCC (Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps), ce sont des gestes répétitifs d’auto-toilettage (Self-grooming) consistant à se tirer les cheveux, ou à se gratter, ou se triturer la peau au point de se causer des blessures.

Les CRCC les plus connus sont :

  • La dermatillomanie (gratter les croûtes, l’acnée ou toutes imperfections sur sa peau)
  • La trichotillomanie (s’arracher les cheveux)
  • L’onychotillomanie (se ronger les ongles ou les cuticules)
  • Le triturage ou le mordillement des lèvres ou de l’intérieur des joues.

Les recherches publiées en psychologie ou en dermatologie, ont accordé peu d’importance à ces comportements. Bien que, certaines recherchent démontrent qu’ils peuvent touchés entre 2 et 5 % de la population. Les CRCC sont peu connus et peu de professionnels possèdent des informations sur ces comportements, souvent confondus avec de l’automutilition. Il arrive que les personnes ou les membres de la famille entament une démarche de soins possédant davantage d’informations que le professionnels.

Quelles sont les causes ?

Il existe peu de recherche à ce sujet, néanmoins selon certaines études la dermatillomanie est considérée comme un mécanisme d’adaptation permettant de faire face à un niveau élevé de tensions internes (stress, anxiété) ressenti par l’individu. D’autres études évoquent également que la dermatillomanie serait un mécanisme auto-apaisant ou un exutoire, pour certains dermatillomane ce comportement serait un moyen de contrôler leurs émotions lorsqu’ils se sentent anxieux, stressés, tendus ou contrariés. La dermatillomanie serait un moyen de réguler les émotions et serait l’une des causes pour laquelle il répète se comportement appris. Le grattage de la peau serait un moyen de se « déconnecter » de la réalité, ainsi qu’une façon d’éviter de faire face aux situations ou émotions perçues comme insurmontables.

Le dermatillomane a le sentiment de purifier son corps en se débarrassant des imperfections présentes sur la peau. Les facteurs déclencheurs sont diverses :

Quelles sont les conséquences ?

Les personnes souffrant de dermatillomanie vivent souvent d’une grande solitude. La dermatillomanie affecte la vie personnelle, amoureuse, professionnelle et sociale de la personne qui est affectée, au point qu’elles évitent certaines activités (sorties entre amis, aller à la piscine, les relations intimes, etc..), et évènements importants du fait de ne pouvoir camoufler ses plaies, causé par le triturage répété. Elles ont honte de leur comportement, refusent d’en parler et tentent de camoufler par différentes techniques de camouflage (maquillage, vêtements,…). Les conséquences peuvent être très importantes, arrêt de travail, isolement social, refus de se rendre au travail après une crise, difficultés à construire des relations amoureuses, etc. Le fait de se gratter la peau peut sembler un problème anodin, mais lorsque ces gestes en apparence inoffensif sont effectués de manière excessives, ils peuvent provoquer de sérieux problèmes médicaux (septicémie, crevasse, infections..).

Quelles sont les comorbidités (troubles associés) ?

La dermatillomanie peut être associée à d’autres troubles psychiques:

Comment se déroule la psychothérapie ?

Psychologue et Psychothérapeute spécialisée dans la prise en charge de la dermatillomanie, membre de Dermatillomanie france et formée par Alexandra Rivière-Lecart, je mets en pratique le protocole destiné aux patients souffrant de dermatillomanie. La psychothérapie se décompose en plusieurs étapes. Dans un premier temps, la prise en charge débute par un entretien clinique et un bilan psychologique au cours duquel plusieurs questions vous seront posées pour mieux comprendre votre dermatillomanie (fréquences, dans quelles situations cela arrive,etc..), des questionnaires vous seront également transmis au cours de la séance afin d’obtenir des éléments précis de votre comportement. Dans un second temps, à la suite de ce premier bilan une prise en charge personnalisée vous sera proposée, en vous proposant des outils adaptés à votre situation.
Ce protocole à prouver son efficacité auprès de nombreux dermatillomanes, il s’appuie sur différentes approches psychothérapeutiques :

  • La Thérapie comportementale et cognitive (TCC) : Elle débute par un bilan de la situation, il sera demandé de dresser une semaine type résumant l’apparition des comportement tout au long de la semaine. Des tâches comportementales vous seront proposées à chaque séances (exposition avec prévention de la réponse), consistant à apprendre à déconditionner des comportements appris et ritualisés, le but de ces tâches est de diminuer les comportements de vérification, de triturage et de grattage présents tout au long de la journée. L’envie de se gratter la peau est déclenchée par des pensées précises. Avec l’aide des thérapies comportementales et cognitives, la personne affectée identifiera ses pensée indésirables récurrentes. Lorsque les pensées freinent l’extinction du comportement, voire encouragent le comportement que l’on cherche à modifier, il faut tenter de restructurer le schème de la pensée, donner une nouvelle perspective et corriger la pensée indésirable, à l’aide des thérapies cognitives. D’autres aspects seront également abordés ( estime de soi, gestion des émotions,…). Le travail psychothérapeutique s’effectue au cours des séances et en dehors des séances, des tâches ou des travaux seront prescrits afin que que le patient les utilise en dehors des séances. Ces travaux à domicile sont utiles et indispensables au bon déroulement d’une thérapie efficace.
  • La Thérapie de la pleine conscience:  appelée également mindfulness issue de la 3ème vague des Thérapies comportementales et cognitives (TCC). La thérapie de pleine conscience vise à l’observation des pensées et émotions sans chercher à les modifier ou à la juger. Les personnes affectées par la dermatillomanie, ressentent une multitude d’émotions avant de se triturer (ennui, colère, stress,..), la thérapie de pleine conscience permet de prendre conscience de ses émotions, de les identifier afin de prévenir l’apparition du comportement.
  • La Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT, prononcée « Actes »)  issue également de la 3ème vague des TCC. L’acceptation est une alternative à l’évitement. Il s’agit d’identifier les valeurs du patients et de définir des objectifs spécifiques qu »il souhaite atteindre. Il s’agit de ne plus essayer de contrôler ses pensées et sentiments mais de les observer sans jugement, de les accepter tels qu’ils sont. L’objectif étant d’aider la personne à accepter ces pensées souvenirs et émotions non désirés dans la mesure où ceci permet au sujet de s’intéresser et de s’engager dans des repertoires comportementaux qui véhiculent ses propres valeurs de vie. L’acception est une alternative à l’évitement.
  • Bibliographie
  • Foxwell, A. (2013). Skin Picking : How to Cure Dermatillomania.
  • Hartlin, A. (2010). Forever Marked : A Dermatillomania Diary.
  • Pasternak, A. (2014). Skin Picking: The Freedom to Finally Stop.